La culture sous pression

La culture sous pression

Juin 2026 : Quoi de mieux finalement, pour comprendre certaines « situations », qu'un fil rouge conducteur autre ? Découvrons donc cet étrange épisode de la série radiophonique « la Culture sous pression » de France-Culture, daté de janvier 2026, qui nous relate l'évolution des écoles d'Art, surtout régionales.

La culture sous pression

Contrairement à la pensée purement positive des territoires touristiques actuels, l'émission sait mixer les ressentis critiques aux aspirations constructives. Des écoles publiques ont bien été victimes de machinations politiques et privées alors que d'autres s'adaptent comme elles peuvent en tentant de multiplier les financements via le mécénat ou des accords avec les universités. Si les collectivités territoriales financent, l'état/ministère (donc les DRAC ) suivra. Sinon... Certaines écoles d'Art demeurent pourtant fidèles à leur éthique initiale – un lieu où l'on pense autrement les problématiques actuelles globales et locales – mais la réussite artistique ne concernerait que 10% des étudiants... Faut-il dès lors s'enorgueillir de l'Alternance que proposent aussi désormais ces établissements, notamment dans le choix des ateliers matière artisanaux et surtout cette ingénierie Design? Il semble bien que les écoles d'Art ne se soient jamais vraiment remises de leur séparation d'avec l'Architecture. La proposition Design permettrait à 60% des élèves de devenir des sociaux-pros voire des enseignants es capes. Des étudiantes dynamiques, et cooptées pour la radio, récitent là leur leçon bien apprise. C'est donc la revanche toute pratique du Bauhaus. Et le pédagogue Robert Filliou de se retourner dans sa tombe... 
Le reportage nous annonce d'ailleurs que l'artiste maudit, tout seul dans son coin, qui cherche et vit en dehors des structures professionnelles, drapé d'un romantisme certain ; c'est fini... Faut-il vraiment s'en réjouir ? De fait, les générations précédentes se posaient à peine la question de « l'après école » tant la priorité restait alors de donner simplement du sens à sa vie. En 2014, on notait encore l'efficacité du Mémoire artistique qu'un Arnaud Labelle-Rojoux – tout pétri de la pédagogie École d'Art d'Avignon 1990 – souhaitait bien conserver en dehors des seules obligations universitaires... Non, ce qui ressort finalement de cette radiophonie de 2026, ce n'est pas tant une évolution nécessaire qu'une volonté réelle d'en finir avec l'idée de prédestination... Accord tacite entre des professeurs – sous pression pour le maintien de leur statut – et certains étudiants pour le moins avides de solutions

L'observation participante de l'artiste singulier diplômé Stéphane Simiand – au cœur des confins territoriaux laboratoire – peut aussi témoigner de cette évolution en la matière. Suite à son texte initial la Culture du Manse, les prémisses d'un changement – comme lors de la réunion publique « Oralité alpine » de 2006 – œuvraient déjà là. Si, au départ, les créateurs dits locaux étaient fréquemment consultés voire rémunérés, la multiplication des référents culturels – on se souvient notamment ici, sans rire, d'un directeur ESF et d'un ponte EDF – vira peu à peu à la « farce sociale ». Désormais, tout artiste en résidence au cœur d'un territoire – de la trapéziste à l'ingé-son – sera donc plutôt invité à partager son financement avec un artisan coopté... Mieux, à l'instar de certains techniciens territoriaux, le résident pourra être préalablement briefé pour aller « passer à la question » des singuliers rescapés. Monter en grade à défaut d'exercer son libre-arbitre sur ce que les murs contemporains locaux lui donnent à voir. Ce simple rapport de force déséquilibré, entre stratégie collective face à la naïveté singulière, pose déjà question ;  la violence symbolique est ici prégnante. Fustiger des actions jugées égoïques, pourquoi pas mais que dire alors de leurs récupérations en plagiats créatifs et autres ententes illicites propres à une certaine prospérité du vice ? Des chronologies corrélatives parlent d'elles-mêmes et, avec le temps et le cours de la subvention européenne, on peut estimer le manque à gagner pour certains influenceurs légitimes – si singuliers soient-ils – à quelques centaines de milliers d'euros... sans parler du préjudice moral. Pire, la parodie peut parfois virer à de sombres remakes de la « Zone d'intérêt » ou Midsommar filmés brouillon par Tarantino ; ça ne rigole plus.

Midsommar

La compréhension culturelle d'une telle société d'extrême-centre ne sombrera pas pour autant dans l'obsession globale complotiste (depuis 1789, ce fait tabou des Loups locaux a toujours plus ou moins existé...). Elle ne s'achèvera pas non plus dans un renoncement digne d'une abjuration rituelle. Savoir rester sciemment « en dehors » d'autant que des planches glissantes, sophismes de l'épouvantail et autres présupposés préparés, attendent tout esprit critique au tournant. Juste comprendre peu à peu le moteur général et les intentions de certaines attitudes – de gens à priori humanistes si ce n'est défenseurs de la cause – qui agissent encore parfois après plus de cinquante ans d'usure voire par nouvelles générations interposées.
On relèvera aussi les injonctions implicites qui visent à faire de la différence locale un « symptôme », au mieux une « immaturité » car non porteuse des signes d'une initiation mondaine... La sociologue Eva Illouz nous rappelle d'ailleurs que – dans une telle société – ceux qui ne font pas de l'Adversité une occasion et un moyen de renforcer leur Moi (ou plutôt leur adhésion collective) sont suspectés de désirer et de mériter leur infortune... C'est bien la supercherie d'une certaine « science du bonheur » qui nous demande ici d'être heureux et nous impute ainsi notre incapacité à mener des vies plus réussies et accomplies...

Même en matière d'Acculturation, il semble donc que la fatalité n'existe pas. La lutte singulière peut continuer.